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Circulation | Sous l’eau, sur l’eau ou à vélo, qui va le plus vite ?

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Vivre dangereusement et prendre le tunnel, opter pour un autre pont, les transports en commun, le vélo, ou même la navette fluviale ? La Presse a testé ces moyens de transport sur la quinzaine de kilomètres qui séparent le centre de Boucherville, et l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, un trajet représentatif de celui parcouru par des milliers de banlieusards se rendant au travail chaque jour à l’heure de pointe.

En voiture… par le tunnel !


PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Jour 1 de la fermeture partielle du tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, une voie vers la Rive-Sud pour 3 ans. La première personne à arriver à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont à partir de la Rive-Sud est la journaliste Judith Lachapelle.

  • Mode de transport : voiture
  • Temps de parcours : 34 minutes
  • Lien emprunté : Pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine
  • Distance parcourue : 14 km

De notre point de départ à Boucherville, l’entrée à Montréal en voiture par le pont-tunnel est la voie la plus rapide et directe… quand il n’y a pas de congestion. Ce qui était le cas lundi matin, puisque le seul ralentissement notable est survenu juste à l’entrée du tunnel. En temps « normal », le bouchon commence beaucoup plus tôt, au moins de six à huit kilomètres en amont.

Une fois la traversée achevée, les automobilistes jouaient un peu du coude dans la rue Sherbrooke, mais rien pour nous empêcher de coiffer facilement — et sans trop nous presser – nos collègues au fil d’arrivée.


Mais où étaient tous ces véhicules censés nous barrer la route ? À voir la quantité importante de camions par rapport aux autos sur la route, on peut supposer que les voitures sont restées en banlieue, leurs propriétaires préférant peut-être assister à distance au chaos annoncé.

Morale de l’expérience : une voiture sans trafic routier, c’est fantastique. Mais l’ennui avec la conduite d’une voiture à l’heure de pointe, c’est qu’on sait à quelle heure on part, en ignorant à quelle heure (et dans quel état de stress) on arrive…

6 journalistes « dans le trafic », notre démarche


PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Les journalistes Vincent Larin, Judith Lachapelle, Émilie Bilodeau, Alice Girard-Bossé et Delphine Belzile

Le pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine est en bonne partie emprunté par des banlieusards des secteurs Boucherville, Varennes, Saint-Bruno, Sainte-Julie et Belœil, qui se rendent dans l’est ou le nord de l’île de Montréal pour travailler. L’inverse existe aussi, des Montréalais de l’Est qui travaillent sur la Rive-Sud. C’est pour cette raison que nous avons choisi comme trajet assez représentatif du centre de Boucherville à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, où travaillent des milliers de personnes. D’ailleurs, au CIUSSS de l’est de Montréal, le syndicat craint l’exode de personnel en raison des travaux dans le tunnel, a rapporté La Presse lundi. Nous avons donc choisi de mettre en compétition cinq de nos journalistes, deux en voiture, dans le tunnel et sur le pont Jacques-Cartier, un à vélo, une dans la navette déployée pour pallier le ralentissement de la circulation, et une autre qui a fait croisière sur le fleuve à bord de la navette fluviale, aussi mise en place comme solution de remplacement au tunnel. Une sixième a effectué le trajet inverse, qui s’est étonnamment révélé plus complexe.

En voiture… par le pont Jacques-Cartier


PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Notre journaliste Émilie Bilodeau lors de son passage sur le pont Jacques-Cartier, autour de 7 h 48, lundi matin

  • Mode de transport : voiture
  • Temps de parcours : 42 minutes
  • Lien emprunté : pont Jacques-Cartier
  • Distance parcourue : 22 km

Anormal. C’était un matin anormal sur la Rive-Sud, lundi. La circulation sur la route 132 était fluide. L’entrée pour le pont Jacques-Cartier était dégagée. Sur les 22 kilomètres séparant Boucherville de l’hôpital, notre journaliste n’a observé aucun ralentissement. Zéro, niet, nada.

Un autre collègue a d’ailleurs fait le même constat sur le pont Victoria. La seule voie vers Montréal était pratiquement inoccupée.


Pour une fois, c’était agréable de rouler sans entrave dans la région de Montréal, mais ce scénario a peu de chances de durer. En tout cas, pas selon les entrevues qui se sont succédé aux différentes stations de radio d’informations, lundi matin.


PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Notre journaliste Émilie Bilodeau à son arrivée à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont

« Le temps va peut-être quadrupler [aux abords du tunnel] », a dit Philippe Sabourin, le porte-parole de la Ville de Montréal, dans les haut-parleurs de notre voiture. En fait, il a surtout fait cette déclaration au micro de Paul Arcand. « Les gens qui vont continuer à utiliser une voiture vont peut-être utiliser un autre pont. Le problème, c’est que les autres ponts, ils sont saturés », a-t-il ajouté.

Alors plus la semaine va avancer, moins les ponts Jacques-Cartier et Victoria vont être des solutions rapides.

En transports en commun


PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Notre journaliste Delphine Belzile a utilisé les transports en commun.

  • Mode de transport : autobus et métro
  • Temps de parcours : 58 minutes
  • Lien emprunté : Tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine
  • Distance : 14 km

Les transports en commun grimperont certainement d’une marche sur le podium quand se concrétiseront les embouteillages majeurs craints dans le tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, grâce à la voie réservée qui limite les retards des autobus et assure un temps fixe au parcours.

Or, le trafic dans le tunnel était plutôt inexistant lundi matin, faisant perdre à l’autobus cet avantage, et expliquant le résultat obtenu. Nous n’étions pas plus de six passagers à bord de l’autobus, et la circulation en direction de la métropole est demeurée fluide depuis la Rive-Sud.

Le trajet le plus efficace en transports en commun, de l’école secondaire de Mortagne à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, compte exactement 12 arrêts d’autobus, suivis de deux stations de métro et de neuf arrêts d’autobus supplémentaires sur l’île de Montréal. L’itinéraire se parcourt en 50 minutes, selon les applications de cartographie.


Il faut d’abord traverser le tunnel à bord de l’autobus 61, qui passe par le stationnement incitatif de Mortagne, et y rester jusqu’à la station de métro Radisson. On emprunte ensuite le souterrain jusqu’à la station de métro Langelier pour rejoindre la ligne d’autobus 197, qui dépose les travailleurs de l’hôpital près de l’entrée principale, à l’intersection du boulevard Rosemont et de la rue Chatelain.

La ligne 61 sera sans frais au cours des travaux dans le tunnel. D’ici la fin novembre, les passagers peuvent également récupérer un passage gratuit de la STM à la station Radisson pour continuer leur parcours sur le réseau de transport métropolitain.


PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Notre journaliste Delphine Belzile à son arrivée à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont

En route vers l’île de Montréal, nous avons rencontré Nadine Gagnon, qui travaille comme pharmacienne à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. Depuis une semaine, elle parcourt ce même trajet pour éviter les embouteillages. « Ça se passe super bien », précise-t-elle.

« C’est sûr que c’est plus long, mais de toute façon, depuis qu’il y a seulement deux voies [dans le tunnel], le trajet est plus long. Avant, ça me prenait 40 minutes, et maintenant, ça me prend une heure », souligne la résidante de Boucherville, qui consacre son temps dans l’autobus à la lecture.

« Ça fait beaucoup de pas », ajoute-t-elle en riant. Elle calcule quelque 10 000 pas par jour depuis qu’elle s’en tient aux transports en commun pour se rendre au boulot. Nadine Gagnon envisage également d’essayer la plateforme de covoiturage Netlift, offerte par l’hôpital, pour ses retours à la maison.

En vélo


PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Notre journaliste Vincent Larin a utilisé son vélo pour se déplacer de Boucherville à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.

  • Mode de transport : vélo
  • Temps de parcours : 1 h 21 min
  • Lien emprunté : pont Jacques-Cartier
  • Distance parcourue : 25 km

L’heure et demie prévue par Google Maps pour parcourir le trajet Boucherville-Rosemont annonçait une défaite assurée face aux collègues motorisés, mais l’expérience s’annonçait autrement excitante.

Étant donné que le lien interrives le plus proche de Boucherville équipé d’une piste cyclable est le pont Jacques-Cartier, il s’agit d’un bon détour pour se rendre dans l’est de l’île de Montréal à vélo.

Malgré tout, le trajet s’est révélé des plus agréables d’autant plus qu’il se faisait la très grande majorité du temps sur des pistes cyclables et que la météo lundi matin était clémente. Sous la pluie, ou l’hiver, ce doit être autre chose.


De Boucherville, nous aurions pu nous diriger rapidement vers la piste cyclable longeant le fleuve et la route 132, mais dans un souci de raccourcir le trajet le plus possible, nous avons opté pour ce que suggéraient les applications de cartographie.

Ainsi, après un début ordinaire sur le boulevard de Mortagne, où nous avons dû côtoyer les automobiles afin de traverser le viaduc au-dessus de l’autoroute 20, nous avons pu rouler aux abords du parc Michel-Chartrand, puis dans le beau parc linéaire Desaulniers, à Longueuil.

Oui, la montée pour se rendre jusqu’au tablier du pont Jacques-Cartier peut en effrayer certains, mais la vue d’en haut sur le centre-ville, éclairé par le soleil levant, en vaut la peine. Qui plus est, la descente jusqu’à Montréal nous donne cette petite dose d’adrénaline pour finalement se sortir de la torpeur matinale.

Une fois de l’autre côté du pont, nous avons emprunté la piste cyclable sur De Maisonneuve, puis sur le bord de la rue Notre-Dame, une trop rare occasion d’admirer le fleuve qui ceinture pourtant Montréal.

Les derniers kilomètres dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, puis dans la Cité-Jardin nous ont permis de visiter des coins de notre ville où nous avons rarement l’occasion de nous aventurer.

Pas moins de 36 % des travailleurs rallient leur lieu de travail à partir de leur domicile en moins de 5 km, selon les données du recensement 2016 présentées par Vélo Québec dans son rapport L’état du vélo au Québec en 2020. Or, le trajet en vélo jusqu’à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont à partir de Boucherville et ses 25 kilomètres est loin d’entrer dans cette catégorie.


PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Notre journaliste Vincent Larin à son arrivée à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont

En comptant le retour, on parle de presque deux heures et demie de vélo dans une journée, du temps précieux qui n’est malheureusement pas donné à tous, surtout s’il s’agit de faire le trajet tous les jours de la semaine.

Mais le vélo, c’est bien plus qu’un simple mode de transport. C’est une occasion de connecter avec les gens en saluant au passage les courageux qui pédalent à nos côtés ou les enfants qui se rendent à l’école déguisé en ce jour d’Halloween.

L’aller-retour Boucherville-Rosemont permet aussi d’atteindre facilement les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en matière d’activités physiques, soit au moins 150 minutes d’activité d’intensité moyenne ou 75 minutes à intensité élevée par semaine.

Et peu importe la circulation, on a l’assurance d’arriver toujours à la même heure.

En navette fluviale


PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Notre journaliste Alice Girard-Bossé sur la navette fluviale entre Boucherville et Montréal

  • Mode de transport : navette fluviale et autobus
  • Temps de parcours : 1 h 47
  • Lien emprunté : fleuve Saint-Laurent
  • Distance parcourue : 17 km

La navette fluviale n’est peut-être pas la méthode la plus rapide, mais elle est de loin la plus agréable et la moins bruyante. Elle a l’avantage que peu d’autres modes ont : la tranquillité offerte par l’eau du fleuve Saint-Laurent.

À l’arrivée de La Presse au quai Yvon-Julien à Boucherville à 7 h 40, le soleil venait de se lever. Le ciel était encore rosé et des canards pataugeaient près de la berge. Une seule femme s’y trouvait déjà. « Il n’y a personne. Je m’attendais à ce qu’il y ait plein de gens », lance-t-elle.

Pour Audrey Dounavis, il était hors de question de rester prise dans le trafic lors de cette première journée de travaux majeurs dans le tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine. La résidante de Greenfield Park qui travaille dans l’est de la métropole essayait pour la première fois la navette fluviale gratuite qui relie Boucherville à Montréal (Mercier). Au total, le navire effectue 15 allers-retours par jour. « C’est un bon plan B », dit-elle.


À 7 h 45, l’embarcation arrive à quai. Une dizaine de passagers, qui ont fait le trajet inverse, en descendent. Mariette Goulet est l’un d’entre eux. La résidante de Pointe-aux-Trembles se déplace avec la navette depuis jeudi dernier.

« J’adore ça. J’ai su que ça existait seulement la semaine passée », dit-elle. Chaque matin, sa collègue vient la chercher au quai à son arrivée. « Je suis à seulement 7 minutes du travail à partir d’ici. C’est magnifique », insiste la femme, qui se désole toutefois que la navette prenne fin à la mi-novembre.

C’est maintenant à notre tour de monter dans l’embarcation. Avec huit passagers à bord, le navire se met en marche à 8 h, comme prévu à l’horaire.

« C’est fort agréable. On a un beau décor », dit le capitaine, Denis Guay. « On se sent en vacances », renchérit une passagère, Nathalie Arpin, en observant les vagues se former derrière l’embarcation.


PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Notre journaliste Alice Girard-Bossé

Trente minutes plus tard, la navette accoste finalement au quai situé dans le parc de la Promenade-Bellerive, dans l’est de Montréal.

Après une quinzaine de minutes d’attente, nous montons dans un bus de la ligne 185 qui nous amène à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont en 35 minutes.

Nous sommes peut-être les derniers arrivés, mais manifestement les plus reposés.

Direction inverse


PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Notre journaliste Isabelle Ducas a emprunté le tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine pour se rendre de Montréal à Longueuil.

  • Mode de transport : voiture
  • Temps de parcours : 40 minutes
  • Lien emprunté : Tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, en direction sud
  • Distance parcourue : 11 km

Tous avaient prévu des embouteillages monstres sur la Rive-Sud lundi matin, en direction de Montréal, en raison du début des travaux dans le tunnel. Or, c’est plutôt en sens inverse que les plus gros bouchons se sont formés, sur l’autoroute 25 en direction sud, où une seule voie était ouverte.

Partie à 7 h 30 de l’école Wilfrid-Pelletier, dans un quartier résidentiel de l’arrondissement d’Anjou, je suis arrivée à 8 h 10 au parc industriel de Longueuil, de l’autre côté du tunnel, un trajet de 11 kilomètres.

D’abord, j’ai compris rapidement qu’il ne fallait pas me fier à Google Maps : l’application indiquait que l’autoroute 25 Sud était fermée à la hauteur de l’avenue Souligny, alors qu’il n’en était rien. Si j’avais suivi ces indications, j’aurais fait un détour en sortant rue Hochelaga, je me serais rendue jusqu’à Dickson pour revenir ensuite par Souligny reprendre la 25 Sud. Il est étrange que la populaire application ait communiqué de tels renseignements erronés.


Mon point de départ m’a permis d’éviter une partie des bouchons, puisque je suis entrée sur l’autoroute 25 Sud à la hauteur du boulevard Yves-Prévost, alors que la congestion était présente depuis l’échangeur Anjou. J’ai d’abord longé l’autoroute sur la voie de desserte, avant de m’insérer dans le trafic avant l’avenue Souligny.

C’est à cet endroit que tout a ralenti, alors que plusieurs voies devaient converger vers une seule, avant l’entrée dans le tunnel. Je me suis retrouvée immobile durant de longues minutes, ou encore roulant à pas de tortue, entourée de poids lourds.

En cette première journée de nouvelle configuration, la plupart des automobilistes semblaient faire preuve de courtoisie au moment de la convergence de voies, lorsqu’il fallait laisser d’autres véhicules s’insérer dans la circulation. La police était très présente aux points chauds, dans les deux directions.

Le ralentissement a duré une vingtaine de minutes. Une fois dans le tunnel, il était possible de rouler à vitesse permise.

Mais l’expérience de lundi matin ne laisse présager rien de bon pour l’heure de pointe de l’après-midi.



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