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Le portefeuille fictif 2022 de La Presse | Garder le cap à travers la tempête

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Guerre en Ukraine et choc socioéconomique en Europe, inflation au plus haut depuis 40 ans, remontée soudaine des taux d’intérêt en Amérique du Nord… Ouf ! Après un premier trimestre 2022 de tempête en Bourse, comment se profilent les perspectives pour les prochains mois ? Tour d’horizon avec les experts du Portefeuille fictif de La Presse. Un dossier préparé par notre journaliste Martin Vallières.

Des perspectives incertaines


PHOTO MARK BLINCH, ARCHIVES REUTERS

Les experts estiment que la Bourse canadienne offre de bonnes perspectives en raison de sa représentation importante dans les secteurs des ressources, de l’énergie et des services financiers.

Chaque trimestre, La Presse demande à quatre experts d’analyser la conjoncture pour faire fructifier un portefeuille fictif d’un capital initial de 100 000 $. Dans ce deuxième rendez-vous en 2022, ces experts reviennent brièvement sur le premier trimestre sur les marchés financiers et décrivent leurs perspectives pour la suite. Ils calibrent aussi leur répartition d’actifs individuelle pour le deuxième trimestre de 2022 en fonction d’un portefeuille équilibré de référence, c’est-à-dire établi à 60 % en actions et 40 % en obligations et encaisse, avec des écarts de répartition limités à 10 % en plus ou en moins.

Quels constats faites-vous du premier trimestre sur les marchés ?

Candice Bangsund, vice-présidente et gestionnaire de portefeuille, Répartition d’actifs globale, Fiera Capital

La volatilité s’est emparée des marchés boursiers au cours du premier trimestre, alors les premiers effets de l’invasion militaire russe en Ukraine ont amplifié la nervosité des investisseurs face à la flambée de l’inflation et à l’accélération du resserrement de la politique monétaire. L’indice S&P 500 a affiché sa première baisse trimestrielle en deux ans. À l’international, les marchés boursiers des économies développées ont également trébuché, particulièrement en Europe, qui est en première ligne de la guerre en Ukraine. En revanche, au Canada, l’indice S&P/TSX a réussi à terminer le premier trimestre en terrain positif. Il a amplement surclassé ses principaux pairs au niveau mondial grâce au rendement robuste réalisé dans l’important secteur des entreprises de ressources et d’énergie.

Michel Doucet, vice-président, stratège d’investissement et gestionnaire de portefeuille, Desjardins Gestion de patrimoine

Après une fin d’année 2021 sur les chapeaux de roues, les marchés boursiers ont amorcé 2022 sur le bord de l’indigestion, et donc vulnérables aux évènements négatifs pouvant survenir dans l’économie et la géopolitique mondiales. Ça s’est produit avec le déclenchement de la guerre en Ukraine, qui a fait bondir les prix de plusieurs ressources (métaux, céréales, pétrole et gaz, etc.) dont l’Ukraine et la Russie sont d’importants producteurs et exportateurs. Cette forte et soudaine hausse des prix a propulsé les anticipations d’inflation à des niveaux records, incitant aussi les banques centrales au Canada et aux États-Unis à ébruiter leurs plans de « déclaration de guerre » à l’inflation avec leurs prochaines hausses de taux d’intérêt. Les conséquences pour les investisseurs ? Un très mauvais trimestre dans les marchés obligataires et dans les marchés boursiers. Sauf sur la Bourse canadienne, qui a bénéficié de sa représentation importante dans les secteurs des ressources, de l’énergie et des services financiers.

Martin Lefebvre, chef des placements et stratège, Banque Nationale

Il s’est passé beaucoup de choses durant le premier trimestre. D’abord, les marchés financiers ont été surpris par l’ampleur de l’invasion militaire russe en Ukraine, et son impact rapide sur la hausse des prix des matières premières et de l’énergie (pétrole et gaz) à des niveaux qui poussent l’inflation encore plus haut. Ensuite, les marchés financiers ont été bousculés par l’anticipation que les banques centrales aux États-Unis et au Canada, confrontées au risque d’emballement de l’inflation, allaient resserrer leur politique monétaire de façon assez importante dès les prochains mois. Dans un tel contexte, et après une année exceptionnelle en 2021, les investisseurs se sont retrouvés durant le premier trimestre dans une situation rare de recul simultané des marchés obligataires et des marchés boursiers.

Hugo Ste-Marie, directeur en stratégie de portefeuille et analyse quantitative, Banque Scotia Marchés mondiaux

Les marchés financiers ont été plus volatils au premier trimestre que ce qui était prévisible en début d’année pour deux raisons principales. L’invasion militaire russe en Ukraine, qui s’est avérée beaucoup plus grave qu’anticipé, et le changement de ton moins conciliant de la Fed (Réserve fédérale américaine) envers l’inflation élevée et ses prochaines hausses de taux d’intérêt. Cette conjoncture a engendré un phénomène qu’on n’avait pas vu depuis longtemps dans les marchés d’investissement, c’est-à-dire des pressions baissières à la fois dans les marchés obligataires et dans les principaux marchés boursiers. Sauf au Canada en raison de l’appréciation des actions des secteurs des ressources et de l’énergie, où les revenus des entreprises profitent de la hausse de prix.

Quelles perspectives pour la suite ?

Candice Bangsund, vice-présidente et gestionnaire de portefeuille, Répartition d’actifs globale, Fiera Capital

Les perspectives économiques se sont détériorées avec l’inflation élevée et persistante, ainsi que de premiers indices d’un ralentissement de la croissance. La flambée des prix des matières premières et de l’énergie ainsi que l’accroissement des tensions géopolitiques découlant de la guerre en Ukraine ont embrouillé davantage un paysage macroéconomique qui était déjà vulnérable. Pendant ce temps, les banques centrales se retrouvent dans une situation un peu difficile. Elles cherchent à contenir les pressions inflationnistes les plus fortes en une trentaine d’années tout en évitant de faire dérailler la reprise économique de l’après-pandémie.

Michel Doucet, vice-président, stratège d’investissement et gestionnaire de portefeuille, Desjardins Gestion de patrimoine

Après la guerre en Ukraine, et la poussée de l’inflation, c’est maintenant l’anticipation d’une « guerre à l’inflation » par les banques centrales qui se démarque dans les perspectives des marchés financiers d’investissement. Aux États-Unis, les marchés anticipent maintenant huit hausses de taux cible par la Fed (Réserve fédérale) d’ici 12 à 18 mois, qui pourraient atteindre les 250 points de base (2,5 %). À mes yeux, il s’agit d’une enflure de propos alarmistes concernant l’inflation. Je m’attends plutôt à ce que les banques centrales fassent preuve de retenue pour ne pas étouffer l’économie après y avoir injecté des centaines de milliards en soutien financier durant la crise. Au Canada en particulier, avec l’endettement des ménages à un niveau record, ça ne serait pas long avant que des hausses de coûts d’intérêt viennent frapper dans leur budget, et se répercute ensuite dans l’économie. Entre-temps, les investisseurs en actions devraient tenir compte du fait que l’inflation modérée peut favoriser la croissance des résultats des entreprises, qui sont comptabilisés en dollars courants. À mon avis, ça augure des perspectives encore favorables en Bourse, au-delà des spéculations à court terme sur les prochaines hausses de taux.

Martin Lefebvre, chef des placements et stratège, Banque Nationale

D’abord, je surveille l’évolution de la guerre en Ukraine. Si la Russie devait s’y enliser, il faudrait s’attendre à une intensification des sanctions économiques et à l’aggravation des impacts sur la production agricole et les approvisionnements en matières premières et en énergie (pétrole et gaz) provenant de ces deux pays en guerre. Ensuite, je regarde jusqu’où iront les banques centrales en Amérique du Nord dans leurs intentions de resserrer rapidement leur politique monétaire pour contrer les pressions inflationnistes. Les banques centrales doivent intervenir contre l’inflation, certes, mais jusqu’à quel coût pour l’économie ?

Hugo Ste-Marie, directeur en stratégie de portefeuille et analyse quantitative, Banque Scotia Marchés mondiaux

Hormis les conséquences graves de la guerre en Ukraine, en Europe en particulier, ce qui me préoccupe le plus au cours des prochains mois, c’est le risque que la Fed commette une « erreur » de politique monétaire trop restrictive (avec les hausses de taux) pour freiner l’inflation élevée à court terme. Une remontée des taux d’intérêt, si elle s’avérait mal dosée, pourrait provoquer une forte décélération de croissance de l’économie américaine dans quelques trimestres, vers la mi-année 2023. D’ailleurs, en réaction aux récents propos plus fermes de la Fed, les anticipations de hausses de taux se sont élevées considérablement dans les marchés boursiers et obligataires en Amérique du Nord. On en est maintenant à une dizaine de hausses du taux cible de la Fed qui pourraient l’amener proche de 3 % d’ici un an. S’il se confirme, un tel taux de référence dans le marché obligataire pourrait nuire davantage aux multiples de valeur des actions en Bourse.

Où en est votre répartition d’actifs ?

Candice Bangsund, vice-présidente et gestionnaire de portefeuille, Répartition d’actifs globale, Fiera Capital

Alors que les forces inflationnistes s’intensifient et que le risque de stagflation se profile, la volatilité est presque certaine de prévaloir alors que les investisseurs naviguent dans un contexte géopolitique hautement imprévisible. À ce titre, je reste à l’aise avec une position neutre sur les actions tout en maintenant une préférence pour l’indice S&P/TSX de la Bourse canadienne. Je m’attends à ce que les actions canadiennes surperforment dans un contexte de hausse des prix des matières premières, d’inflation élevée et de hausses de taux d’intérêt. Cette conjoncture économique augure favorablement pour les prochains résultats des entreprises les plus influentes dans l’indice S&P/TSX. En contrepartie, je maintiens une sous-pondération en obligations. Avec l’inflation forte qui incite les banques centrales à accélérer leurs hausses de taux, je m’attends à ce que les marchés obligataires subissent une deuxième année consécutive de pertes de valeur en 2022.

Michel Doucet, vice-président, stratège d’investissement et gestionnaire de portefeuille, Desjardins Gestion de patrimoine

Malgré l’enflure des anticipations de hausses de taux d’intérêt, et leur impact baissier à court terme sur les marchés financiers, je maintiens mon sentiment favorable envers les marchés boursiers au Canada et aux États-Unis. En contrepartie, j’abaisse ma répartition en obligations – un marché très malmené par la remontée des taux – et je rehausse ma répartition en encaisse. Ainsi, je conserve ma surpondération en actions à 70 %, mais je remanie mes répartitions d’actions entre le Canada et les États-Unis. J’accentue ma surpondération en actions canadiennes, qui passe de 28 % à 40 %, alors que j’atténue ma surpondération en actions américaines, de 35 % à 23 %. Même si elle a déjà beaucoup donné au premier trimestre, la Bourse canadienne demeure bien positionnée dans les secteurs qui profitent le plus de la hausse des prix des ressources et de l’énergie, très influents dans l’indice S&P/TSX, ainsi que de la remontée des taux d’intérêt, c’est-à-dire les entreprises de services financiers et bancaires. En comparaison, la Bourse américaine demeure attrayante, mais avec un potentiel de rendement amoindri à court terme en raison de l’impact des anticipations de hausses de taux et de ralentissement économique sur l’important secteur des entreprises dites de croissance.

Martin Lefebvre, chef des placements et stratège, Banque Nationale

Pour quelques mois encore, je préfère mettre un peu plus d’accent que d’habitude sur la protection du capital plutôt que sur la recherche de rendement. Après un premier trimestre mouvementé, je mise donc sur une certaine stabilité de ma répartition d’actifs en attendant la suite de la politique monétaire de la Fed après ses prochaines hausses de taux, qui pourraient totaliser 100 points de base (1 %) d’ici trois mois. J’effectue deux petits ajustements à mes répartitions d’actifs en actions : je retranche un point à la part en actions internationales (EAEO), qui passe à 13 %, et j’ajoute un point à la répartition en actions américaines, qui devient égale à 25 % avec les actions canadiennes. Dans le contexte de la guerre en Ukraine, et de ses impacts socioéconomiques en Europe, je préfère m’éloigner un peu des actions européennes. En contrepartie, je maintiens ma préférence pour les actions américaines et canadiennes. Du point de vue d’un investisseur canadien, ces deux marchés combinés offrent une bonne diversification parmi les divers secteurs de l’ensemble du marché boursier.

Hugo Ste-Marie, directeur en stratégie de portefeuille et analyse quantitative, Banque Scotia Marchés mondiaux

Il y a beaucoup d’incertitudes dans la conjoncture économique mondiale à court et à moyen terme. Le deuxième trimestre s’annonce encore difficile sur les marchés boursiers et obligataires. C’est pourquoi je préfère diminuer le niveau de risque dans ma portion du portefeuille fictif en réduisant ma répartition en actions de cinq points à 65 %, tout en rehaussant l’encaisse de 0 % à 7 %. Cette hausse de l’encaisse est temporaire, le temps que se clarifient les incertitudes économiques. Dans ma répartition en actions, je rehausse les actions canadiennes de deux points à 30 %, en raison surtout des perspectives favorables dans les secteurs des ressources et de l’énergie. En contrepartie, je réduis la répartition en actions américaines de deux points à 21 %. La Bourse américaine est encore un peu dispendieuse, mais elle conserve un avantage de valeur défensive par rapport aux autres principaux marchés, notamment l’Europe. D’ailleurs, je retranche quatre points à la répartition en actions internationales (indice EAEO) parce qu’elle est composée surtout d’actions européennes, qui sont les plus exposées aux conséquences de la guerre déclenchée par la Russie en Ukraine.



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